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La violence par armes à feu, un fléau qui inquiète la Suède

La violence par armes à feu, un fléau qui inquiète la Suède
11/09/2022

La violence par armes à feu, un fléau qui inquiète la Suède

  • Par hggfd
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« Avant, je faisais la liste des résultats des écoles. Maintenant, je compte les morts et les blessés. » Kufi brodé de fleurs, un foulard assorti, Mohamed Hagi Farah, 69 ans, infatigable voix des quartiers nord de Stockholm, sort une pochette plastique de couleur rose. Il y conserve lettres et articles de journaux, retraçant vingt ans de mobilisation. Sur une feuille, il a inscrit le nom des six quartiers formant la zone de Järva. En dessous, des colonnes de chiffres, avec un s pour « skadad » (blessé) et un d pour « dod » (mort).La violence par armes à feu, un fléau qui inquiète la Suède La violence par armes à feu, un fléau qui inquiète la Suède

Depuis le début de l’année, neuf jeunes de Järva ont été tués et deux blessés, dans des règlements de comptes entre groupes rivaux. Mohamed Hagi Farah a assisté à tous les enterrements. Le 22 octobre, il s’est aussi rendu dans le sud de Stockholm, pour participer au rassemblement, organisé par des habitants du quartier de Hammarby Sjöstad, après le meurtre du rappeur Einar.

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De son vrai nom Nils Grönberg, l’artiste de 19 ans a été abattu à une vingtaine de kilomètres de Järva. Mais pour M. Farah, « cela ne fait pas de différence : il était une victime de plus ». Depuis, des résidents de Hammarby Sjöstad sont venus faire des rondes de nuit avec les habitants des quartiers nord : une rencontre inédite entre deux mondes qui se côtoient rarement mais se sont retrouvés face à cette spirale de la violence, qui a déjà fait 44 morts et une centaine de blessés, cette année, en Suède.

La violence par armes à feu, un fléau qui inquiète la Suède

Selon un rapport publié en mai par le conseil de prévention du crime (Bra) à Stockholm, aucun autre pays européen n’a connu, ces quinze dernières années, une pareille hausse de la violence par armes à feu, alors que la criminalité baisse. Un phénomène « très connecté au milieu de la criminalité dans les quartiers défavorisés », précise le rapport, et qui concerne presque exclusivement des hommes âgés de 20 à 29 ans.

Des groupes « peu organisés »

Le criminologue Sven Granath énumère une combinaison de facteurs : « L’afflux important d’armes à feu et de drogues, ces deux dernières décennies, a contribué à nourrir une économie illégale, où les conflits sont résolus en se tirant dessus. S’y ajoute la numérisation, très avancée en Suède et utilisée par des groupes criminels pour se développer. Et puis, les inégalités se sont creusées. On a vu émerger des sociétés parallèles, avec une population immigrée pas toujours bien intégrée. »

Les chercheurs, toutefois, ne s’expliquent pas pourquoi la Suède se distingue à ce point : « Tous ces facteurs existent dans d’autres pays, sans que cela ne mène à une telle progression de la violence », observe Klara Hradilova Selin, enquêtrice du Bra. Dans la zone de Järva, où vivent 87 000 personnes, réparties dans les cités de Rinkeby, Hjulsta, Tensta, Akalla, Kista et Husby, une trentaine de meurtres ont été commis depuis 2015.

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