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Code vestimentaire: des filles jugent les directions d’école bien culottées Recevez les alertes de dernière heure du Devoir

Code vestimentaire: des filles jugent les directions d’école bien culottées Recevez les alertes de dernière heure du Devoir
15/02/2022

Code vestimentaire: des filles jugent les directions d’école bien culottées Recevez les alertes de dernière heure du Devoir

  • Par hggfd
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Deux poids, deux mesures : il aura fallu que des gars portent la jupe en classe pour que la cause du code vestimentaire, défendue par des filles depuis des années, soit enfin entendue. Et alors que l’on félicite des gars pour leur audace, on renvoie encore les filles chez elles lorsqu’elles révèlent un peu plus de cuisse que ce qui est permis.

Marie (nom fictif) s’est fait renvoyer chez elle mardi, car sa robe était trop courte. Pourtant, l’étudiante de 5e secondaire, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles de l’école, avait revêtu sa robe dans le but d’envoyer un message clair : elle voulait dénoncer l’hypersexualisation des filles qui se retrouvent prisonnières d’un code vestimentaire trop strict. Ce jour-là, plusieurs garçons portaient la jupe et les filles, la robe.

« Après seulement quelques minutes de classe, des surveillants sont entrés avec des règles pour mesurer la longueur des robes des filles, explique l’étudiante de l’école des Sentiers à Charlesbourg. Les filles ont refusé, par principe. « C’est venu renforcer la légitimité du mouvement que l’on voulait justement dénoncer », dit Marie au bout du fil.

La direction leur a intimé d’aller se changer ou de rentrer chez elles. « Ils n’ont même pas écouté nos arguments, même pas essayé de comprendre notre point de vue ou de discuter. C’est ça qui m’a le plus fâchée », raconte la jeune fille qui a pris le chemin de la maison avec ses amies plutôt que de se changer.

« Oui, l’école est un lieu d’apprentissage et c’est normal d’avoir des règles, mais on est capable de décider comment on veut s’habiller », affirme-t-elle avec aplomb.

Emma (nom fictif) a elle aussi a été renvoyée chez elle en raison de la longueur de sa robe. Elle aussi a demandé l’anonymat. « Si je n’ai pas le droit de venir à l’école juste parce que je montre mes jambes, ça fait juste prouver à quel point le code vestimentaire n’est pas adapté. Et ce n’est pas juste la longueur de la jupe qui est le problème : c’est le concept à la base. Empêcher les filles de porter certains vêtements parce que ça va déconcentrer les garçons, c’est ridicule ! »

La direction de l’école des Sentiers a refusé la demande d’entrevue du Devoir pour des raisons de confidentialité. Le centre de services scolaire des Premières Seigneuries n’a pu commenter ces cas spécifiques, mais assure que les écoles du centre de service n’ont « rien à l’encontre du mouvement » des garçons qui portent la jupe. Au contraire, affirme la porte-parole Martine Chouinard, plusieurs écoles ont envoyé des lettres aux parents en leur disant que c’était une bonne cause.

Des critiques à Jean-Eudes

Le mouvement des garçons en jupe a également déclenché une réaction en chaîne au collège Jean-Eudes. Il y a quelques jours, le collège publiait sur sa page Facebook un article de Radio-Canada mettant en vedette un des garçons de l’école.

« Aujourd’hui, nos élèves ont usé de créativité pour questionner la place de l’uniforme au collège, peut-on lire sur la page Facebook. Nous accueillons cette initiative comme un désir de prendre part à une grande conversation qui va bien au-delà de la tenue vestimentaire. Nous saluons l’audace de la jeunesse qui osera toujours questionner des façons de faire et les traditions afin d’en créer de nouvelles, en tout respect de la vision de notre institution : élever des intelligences et des cœurs. »

Ce message a été très apprécié par beaucoup, mais mal reçu par d’autres, notamment par d’anciennes élèves de la cohorte 2018 qui dénoncent « l’hypocrisie » du collège.

« Ils se vantent de donner une éducation qui favorise l’ouverture d’esprit, alors qu’ils nous empêchaient d’avoir ces positions-là. De dire aujourd’hui que ce garçon est allumé, alors que nous, les filles, on ne nous a jamais écoutées à ce sujet, je trouve ça complètement hypocrite », dénonce Zoé Quiviger.

Tant sur les médias sociaux qu’en entrevue au Devoir, des jeunes femmes parlent de la « chasse aux jupes courtes », de « l’humiliation » qu’elles subissaient lorsqu’on les interpellait sur la longueur de leur jupe, du « walk of shame » qu’elles devaient franchir tous les jours alors qu’elles devaient défiler devant les surveillants qui analysaient la longueur de la jupe.

En entrevue au Devoir, Samie McNicoll, 19 ans, remercie les garçons pour leur soutien, qui fait avancer la cause, mais elle constate que la parole – ou l’action – d’un garçon semble valoir davantage que celle d’une fille.

« Je ne mets aucun blâme sur ces garçons qui n’avaient que de bonnes intentions, écrit-elle sur sa page Facebook. Ils sont conscients de leur “boy privilege”, l’ont utilisé comme arme et honnêtement : merci à eux. C’est juste qu’alors qu’il s’agit clairement d’un enjeu féminin, ce sont les hommes qui ressortent comme les “héros” de la situation. Comme quoi, encore aujourd’hui, les femmes n’ont toujours pas un mot à dire sur leurs corps… »

Demande d’excuses

Une quinzaine d’anciennes étudiantes ont écrit une lettre à la direction de Jean-Eudes pour demander notamment des excuses.

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Les élèves ne devraient plus se voir réprimandées pour la longueur de leur jupe

« Serait-ce trop demander à notre ancien collège de faire preuve de bonne foi en s’excusant publiquement de son attitude dégradante et humiliante envers les étudiantes lorsqu’il a été question de la longueur de leur jupe dans le passé », écrivent-elles.

En entrevue au Devoir, le directeur général du collège, Dominic Blanchette, répond avoir « toujours été ouvert à la discussion » et rappelle qu’il s’agit d’une « maison d’éducation » et qu’il faut un certain contrôle.

« Je me plais à dire que l’on doit entrer dans nos institutions scolaires pratiquement avec le même respect que l’on a dans nos institutions religieuses », affirme M. Blanchette.

Selon lui, le port de l’uniforme n’est pas un réel problème. « Nous avons fait un sondage l’an dernier sur tous les aspects et seulement 7 % des étudiants ont répondu qu’ils étaient insatisfaits de l’uniforme. »

Enfin, il soutient qu’il est « impossible de revisiter le passé », que tout le monde a agi « de bonne foi » et que le collège évolue avec son époque « dans le respect des valeurs qui lui sont chères ».

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