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Martin Carpentier aurait voulu mourir avec ses filles dans l’accident

Martin Carpentier aurait voulu mourir avec ses filles dans l’accident
14/09/2022

Martin Carpentier aurait voulu mourir avec ses filles dans l’accident

  • Par hggfd
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Me Sophie Régnière lève le voile sur de nouveaux éléments qui permettent d’expliquer, en partie, ce qui a poussé le père de famille à commettre l’irréparable.

Elle raconte dans son rapport que cinq ans après leur séparation, Martin Carpentier craignait de divorcer de la mère des filles, Amélie Lemieux. Comme il n’était pas le père biologique de leur fille aînée, Norah, il a toujours eu peur qu’on la lui enlève un jour, même s’il l’avait adoptée dès sa naissance en 2008.

Son inquiétude de perdre sa place comme père a monté d’un cran lorsque le couple s’est séparé, en 2015, d’autant plus que la mère de Norah a fait des démarches pour que celle-ci puisse avoir des contacts avec son père biologique.

La coroner Régnière poursuit en expliquant que M. Carpentier est devenu encore plus craintif quand la mère a rencontré un nouveau conjoint. Il n’osait pas entamer les procédures de divorce.

L’élément déclencheur

Le rapport de la coroner nous apprend que Martin Carpentier s’était néanmoins résolu à divorcer pour se marier avec sa nouvelle conjointe.

Selon les notes de son médecin de famille, M. Carpentier avait rencontré une avocate au début du mois de juin 2020, ce qui aurait diminué son stress, écrit-elle. Le médecin lui avait prescrit des médicaments pour traiter son insomnie et dans ce contexte, il s’interrogeait sur une possible dépression.

Quelques jours avant de disparaître avec ses filles, Carpentier a revu son avocate pour qu’elle prépare la demande de divorce. Elle lui a envoyé par courriel le 8 juillet 2020 pour approbation. La réception de ce document est identifiée par la coroner comme l’élément déclencheur des événements.

Martin Carpentier était le père de Norah et Romy Carpentier. (archives)

Photo : Facebook

Ce jour-là, après avoir passé une partie de la journée avec des membres de la famille et soupé avec eux, Martin Carpentier est allé manger une crème glacée avec ses filles. Il a insisté pour y aller seul avec elles et il devait être de retour à 21 h, mais il n’est jamais revenu.

La voiture de Carpentier a été retrouvée accidentée et inoccupée sur l’autoroute 20 à la hauteur de Saint-Apollinaire, peu après 21 h. Il s’est sauvé du lieu de l’accident avec Norah et Romy, abandonnant derrière eux leurs effets personnels.

Environ 18 heures après l'accident, soit le 9 juillet en après-midi, une alerte Amber a été lancée. Les corps inanimés des deux fillettes ont été retrouvés dans un boisé le 11 juillet, à un peu plus de deux kilomètres du lieu de l’accident. L’alerte Amber s’est alors transformée en chasse à l’homme qui a duré près de 10 jours avant que Martin Carpentier soit retrouvé mort quelques kilomètres plus loin.

Selon la coroner, Norah et Romy Carpentier sont mortes dans l’après-midi du 9 juillet 2020, confirmant ainsi les révélations de Radio-Canada selon lesquelles les fillettes étaient vraisemblablement encore en vie au moment où l'alerte Amber a été lancée. La Sûreté du Québec (SQ) avait pourtant affirmé, à la suite de l'opération policière, que le drame s'était joué en huit heures à peine et qu'elle n'aurait rien pu faire de plus.

L’accident, point de non-retour

Martin Carpentier aurait voulu mourir avec ses filles dans l’accident

Plusieurs indices laissent croire que Martin Carpentier aurait provoqué l’accident de voiture, le soir du 8 juillet, selon Me Régnière. Pour elle, l’échec de cette tentative de mourir avec ses filles constitue un point de non-retour pour M. Carpentier.

Dans son rapport, elle mentionne que l’endroit où est survenu l’accident milite en faveur de l’intention de se retrouver en sens inverse sur l’autoroute pour un impact éventuel avec un véhicule.

Le véhicule accidenté de Martin Carpentier a été retrouvé sur l'autoroute 20 à la hauteur de Saint-Apollinaire. (archives)

Photo : Sûreté du Québec

Martin Carpentier circulait en direction est sur l’autoroute 20 quand il s’est soudainement dirigé vers le terre-plein central, à la hauteur d’une zone surélevée permettant aux véhicules autorisés de passer d’une direction à l’autre.

Me Régnière privilégie l’accident volontaire, considérant les textos envoyés par M. Carpentier à sa conjointe avant l’accident, qui ressemblaient à des messages d’adieu. Le moment de la réception des documents de divorce, le moment où il a envoyé les messages textes ainsi que la teneur de ces messages sont troublants, écrit-elle.

La coroner estime que le fait qu’il ait insisté pour être seul avec ses filles et la fuite des lieux de l'accident en abandonnant tout derrière lui s’ajoutent à cette liste.

Martin Carpentier n’allait pas bien

Tout indique que lorsqu'il a tué ses filles, avant de s’enlever la vie, Martin Carpentier était en psychose. Il aurait présenté, selon les résultats de l’autopsie psychologique menée à la demande de la coroner, un épisode de dépression majeure avec symptômes psychotiques probables.

Divers documents, dont certains émanant de la main de celui-ci [Martin Carpentier], sont venus compléter les résultats de cette expertise, précise Sophie Régnière dans son rapport.

Carpentier n’avait pas d’antécédents de santé mentale, mais au cours des semaines qui ont précédé les tragiques événements, il disait à ses proches qu’il n’allait pas bien. Il a semblé tenir un discours décousu, étant toujours persuadé qu’on lui enlèverait ses enfants, ajoute la coroner.

Selon ses proches, Martin Carpentier aurait augmenté sa consommation récréative de cannabis quelques mois avant le drame, et aurait cessé de prendre son médicament pour la glande thyroïde de façon régulière, ce qui peut avoir un effet sur l'humeur.

Tous s’entendent pour dire qu’il [Martin Carpentier] n’était pas démonstratif de ses émotions et qu’il disait à sa famille qu’il allait bien malgré le contraire, relate Me Régnière, au terme de son investigation.

Radio-Canada a consacré quatre articles au rapport de la coroner Sophie Régnière sur les circonstances entourant la mort de Norah, Romy et Martin Carpentier :

Violent coup de branche

Après l’accident, le soir du 8 juillet, Martin Carpentier s’est sauvé avec ses filles vers un boisé situé au sud de l’autoroute 20.

Ils se sont réfugiés dans une roulotte, où ils auraient passé une partie de la nuit. Avant de quitter les lieux, ils ont emporté avec eux divers objets pouvant leur être utiles plus tard, soit une petite pelle, un briquet à BBQ et des ustensiles de camping.

Martin Carpentier a passé une partie de la journée du 9 juillet dans le bois avec ses filles, Norah et Romy, avant de les tuer dans l’après-midi, conclut la coroner.

Les fillettes ont été retrouvées mortes dans un boisé au sud du rang Bois-Joly, à Saint-Apollinaire.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Martin Carpentier a alors tué Romy d’un violent coup de branche à la tête avant de revenir vers Norah pour lui faire subir le même sort.

Bien que leurs blessures aient pu être causées par un accident, celles que les filles ont subies ne leur auraient pas permis de se déplacer avec leur père, selon la coroner.

Carpentier a ensuite parcouru quelques kilomètres à pied avant de s'enlever la vie le jour même.

Les deux filles ont été retrouvées après quelques jours de recherches à environ 50 mètres l’une de l’autre le 11 juillet, à plus de 2 kilomètres du lieu de l’accident. Quant à Martin Carpentier, il a été retrouvé 10 jours plus tard à 5 kilomètres du lieu de l’accident.

Martin Carpentier s'est suicidé derrière une résidence du rang Saint-Lazare, à Saint-Apollinaire.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Morts évitables?

Dans son rapport, la coroner fait état de plusieurs facteurs ayant nui à l’efficacité de l’enquête. Des facteurs qui, écartés ou à tout le moins mieux contrôlés, auraient peut-être permis de retrouver Norah et Romy plus rapidement et possiblement d’éviter leur décès, écrit-elle.

Même si les responsables de la Sûreté du Québec (Sûreté du QuébecSQ) assurent qu’une rétroaction a été faite à la suite de cette opération policière, Me Régnière considère que l’organisation devrait refaire l’exercice à la lumière des recommandations énoncées au présent rapport.

Elle recommande ainsi à la Sûreté du QuébecSQ de procéder à un examen exhaustif en lien avec cet événement afin d’améliorer ses processus d’intervention en cas de disparition d’enfant.

Pendant l'opération policière sur le terrain, la Sûreté du Québec a reçu plus de 1000 signalements. (archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Sophie Régnière recommande également au ministère de la Sécurité publique d’élargir les critères pour le déclenchement de l’alerte Amber et de créer une unité de coordination consacrée aux disparitions.

Invitée à réagir aux conclusions et aux recommandations du rapport, la mère des petites Norah et Romy a refusé de commenter, préférant attendre la sortie officielle du rapport, prévue la semaine prochaine.

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