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Affaire Bettencourt : comment le majordome Pascal Bonnefoy a fait trembler Sarkozy

Affaire Bettencourt : comment le majordome Pascal Bonnefoy a fait trembler Sarkozy
10/09/2022

Affaire Bettencourt : comment le majordome Pascal Bonnefoy a fait trembler Sarkozy

  • Par hggfd
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« J’ai été reçu par M. et Mme Bettencourt dans un bureau, raconte-t-il. J’étais intimidé. Ils ont examiné mon CV et ma lettre de motivation. C’est Monsieur qui cherchait quelqu’un pour remplacer son valet. Il a apprécié que je vienne de province et que j’aie fait mon service militaire à Bourges – j’avais apporté une recommandation écrite de mon adjudant, à l’École supérieure d’application du matériel. Il m’a dit : “Vous êtes un homme de la terre, c’est bien. Et j’aime votre nom.” » Son contrat est signé le 1er juin 1990. Ses premiers gages se montent à 9 400 francs (l’équivalent de 1435 euros). Après un stage de dix jours chez un fleuriste parisien – pour apprendre l’art du bouquet –, le voilà parti pour la Bretagne, où la famille séjourne chaque été dans la demeure construite jadis sur la pointe de l’Arcouest par Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal et père de Liliane Bettencourt. « Je n’avais qu’un désir, dit-il : leur prouver mon dévouement. » Les occasions ne manqueront pas.

Telle que Pascal Bonnefoy la raconte, la vie quotidienne chez les Bettencourt est faite d’opulence et d’habitudes. Dans ces années-là, L’Oréal s’est hissé au sommet du marché mondial des cosmétiques. L’héritière en reçoit les dividendes par centaines de millions sans être mondaine ni insouciante. Il lui arrive de spécifier à la cuisine que les pruneaux qu’elle a laissés au petit-déjeuner devront lui être resservis le lendemain. Mais le personnel est bien payé et des enveloppes d’argent liquide améliorent l’ordinaire. À l’Arcouest, Liliane et André Bettencourt se baignent nus sans la moindre gêne – et pendant la sieste, leurs employés ont le droit de profiter de la piscine et du court de tennis. « Le service était exigeant, mais je me sentais bien avec eux, se souvient-il. Une merveilleuse harmonie unissait cette famille. » À Neuilly, un rituel joyeux anime les dimanches : à l’heure du déjeuner, la cloche de l’entrée retentit et Françoise, la fille unique des Bettencourt, arrive avec son mari, Jean-Pierre Meyers – le personnel les appelle « M. et Mme Jean-Pierre ». Leurs deux fils, Jean-Victor et Nicolas, courent dans leurs jambes et se glissent sous les tables en riant. On sert un plat de crudités, du poulet rôti et du gratin dauphinois. Pour le dessert, de la glace à la vanille et au chocolat, accompagnée d’un biscuit maison.

La petite troupe qui tient la résidence comprend trois maîtres d’hôtel, trois femmes de chambre, deux cuisiniers, deux chauffeurs, un jardinier, une lingère, un garde du corps, une comptable, une secrétaire, sans compter les coiffeuses et les masseuses occasionnelles. Pascal Bonnefoy y occupe une place à part : il est au service quasi exclusif de « Monsieur ». Le majordome en brosse un portrait élogieux : « André Bettencourt était un esthète, un dandy raffiné, élégant dans sa tenue comme en paroles. Il avait horreur de la poussière. Il fallait que tout soit impeccable : son bureau, ses vêtements, ses chaussures – des John Lobb ou des Corthay : je les cirais avec des bas de soie. Je choisissais sa tenue en fonction des saisons et de son emploi du temps. Il était toujours d’humeur égale, la distinction incarnée. Un jour, je lui ai proposé de choisir une cravate rouge ; il m’a répondu en riant : “ Pascal, vous ne voulez quand même pas que j’aie l’air d’un révolutionnaire !” » Ami de jeunesse de François Mitterrand, ministre de Pierre Mendès France, du général de Gaulle et de Georges Pompidou, « Monsieur » achève à l’époque sa carrière politique en tant que sénateur de Seine-Maritime. Quand il n’est pas en Normandie, il nage chaque matin avec son épouse dans la piscine creusée sous l’hôtel particulier et se promène avec elle l’après-midi dans les jardins de Bagatelle. Les dîners qu’il donne avec Liliane attirent le Tout-Paris de la politique, des lettres et des affaires. L’ancien premier ministre Pierre Messmer, l’académicien Maurice Druon, le sculpteur Pierre-Yves Trémois, l’industriel Robert Mitterrand, frère du président, sont des habitués. Le reste du temps, il s’enferme dans son bureau pour répondre au courrier, recevoir des visiteurs, veiller aux intérêts de la famille.

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