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Quiriny – James Bond est devenu VRP

Quiriny – James Bond est devenu VRP
02/05/2022

Quiriny – James Bond est devenu VRP

  • Par hggfd
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J'apprends par mon site préféré que des scènes du nouveau James Bond seront tournées une nouvelle fois ces jours-ci, afin d'y remplacer par de nouveaux produits ceux devenus obsolètes à cause de la sortie repoussée. La marque Nokia, qui avait délié sa bourse pour placer à l'écran ses derniers téléphones, ne sera pas lésée. On est soulagé pour elle, et pour nous. Rien n'aurait été plus pénible que de voir 007 donner ses répliques dans un smartphone périmé. On aurait eu l'impression d'être volé sur le billet. Car enfin, il est clair à présent qu'on ne va plus voir James Bond pour se divertir ou se donner du frisson, mais pour faire du lèche-vitrines, comme nos parents feuilletaient les catalogues de vente par correspondance. James Bond n'est qu'une page de pub payante, d'une durée de deux heures. On pourrait la couper au milieu, pour passer des courts-métrages. Ce serait la coupure film dans la pub, comme il y a des coupures pub dans les films.

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Que les producteurs soient obligés de rallumer leur caméra pour rester à la pointe de l'actualité commerciale témoigne d'un amateurisme un peu désolant. S'ils veulent à tout prix que leur héros ne manipule que des portables dernier cri, il leur suffit de tourner les scènes avec des ersatz en carton vert, puis de trafiquer les images sur ordinateur pour y coller le look du dernier Nokia. Je n'ose imaginer qu'avec le budget dont ils disposent, une telle manipulation soit au-delà de leurs moyens. Ainsi, le film serait modifié en temps réel pendant plusieurs années après sa sortie, pour s'adapter aux nouveaux bidules de la marque partenaire : il y aurait autant de versions que de générations de smartphone, et l'on s'épargnerait le ridicule d'avoir à refaire des scènes à seule fin que 007 n'ait pas l'air d'un ringard technophobe équipé d'un Bi-Bop.

La galopade après le présent

Quiriny – James Bond est devenu VRP

Cette inféodation du cinéma aux exigences de l'actualité commerciale est logique ; elle participe d'un mouvement général de galopade après le présent. D'un côté, Disney expurge son catalogue de dessins animés anciens parce qu'ils sont anachroniques au regard des critères moraux d'aujourd'hui ; de l'autre, James Bond retourne les scènes de ses nouvelles aventures parce qu'elles sont anachroniques au regard des marchandises sorties récemment d'usine. Il y a une cohérence, dans tout cela. La deuxième attitude, qui peut s'autoriser d'une histoire de gros sous, est moins grotesque que la première, qui ne s'autorise que du puritanisme et d'un narcissisme imbécile. Mais elle augure mal de l'avenir du septième art qui, à force, perdra peut-être l'un de ses charmes : documenter le passé en montrant la vie comme elle fut.

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Combien de spectateurs regardent-ils des films non seulement pour l'intrigue et la mise en scène, mais pour y découvrir « comment c'était avant », à travers les décors, les ambiances, les vêtements, la diction, les enseignes ? Le héros du nouveau roman de Jérôme Leroy, Vivonne, est amoureux des vieux films de Deville ou Granier-Deferre précisément parce qu'ils datent, et qu'il y voit des « choses anodines que la caméra avait enregistrées, une façon de s'habiller, une marque de voiture, l'allure des bistrots, la coupe de cheveux des filles ». Ce goût mélancolique du passé fixé sur pellicule ne sera plus permis, peut-être, aux générations futures, confrontées à des films replâtrés en continu, pour coller au goût du jour. Le cinéma sera une vitrine du présent, au lieu d'être une trace du passé. Quant au personnage de Ian Fleming, il est déjà transformé, et n'a plus qu'à changer sa carte de visite. Son nom est toujours Bond, James Bond ; mais il est devenu VRP.