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Julia Faure (Loom), l'entrepreneure qui ne voulait pas créer de start-up

Julia Faure (Loom), l'entrepreneure qui ne voulait pas créer de start-up
25/08/2022

Julia Faure (Loom), l'entrepreneure qui ne voulait pas créer de start-up

  • Par hggfd
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Devenir entrepreneure ? Il n'en était pas question. Surtout pas après une première expérience difficile pendant son année de césure en Inde, alors qu'elle aidait une amie à lancer son affaire. Et encore moins dans le textile, cette industrie polluante connue pour bafouer de nombreux droits humains aux quatre coins de la planète.

Julia Faure est pourtant à la tête d'une marque de vêtements depuis 2016. Un paradoxe ? Pas vraiment. « Il y a des personnes merveilleuses dans ce secteur. D'ailleurs en Inde, je travaillais avec des artisans qui employaient une méthode particulière pour teindre les vêtements. A chaque fois, j'étais bluffée par leur artisanat. Ce qu'ils faisaient était magique », raconte la cofondatrice de Loom avec Guillaume Declair. Loin d'être écoeurée par le milieu, elle a plutôt envie de le changer… de l'intérieur.

600 particuliers actionnaires

Avec Loom, Julia Faure casse les codes de la fast fashion. « Zéro collection, zéro offre promotionnelles zéro soldes. Nous confectionnons des vêtements faits pour durer dans le temps. Des basiques qui ne risquent pas de lasser et pourront être portés longtemps », résume-t-elle.

Son mantra : « moins mais mieux ». Et c'est elle qui s'occupe de la R&D , avec ses partenaires basés au Portugal et en France. « J'adore ce que je fais : j'allie à la fois le métier d'entrepreneur et celui d'ingénieur, c'est passionnant. Je peux aussi bien travailler sur une matière qu'écrire une newsletter en me demandant comment faire pour que les gens la lisent. Et puis, c'est valorisant de savoir que l'entreprise qu'on a créé est rentable alors que nous nous sommes montrés extrêmement exigeants sur nos valeurs. »

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Cet ancrage à contre-courant des marques classiques rencontre en fait un énorme succès. La preuve : lorsqu'il a fallu lever des fonds pour financer la production, Julia Faure et son associé Guillaume Declair ont mobilisé leur communauté afin de ne pas perdre leur indépendance financière. Après une campagne de financement participatif sur Lite, ils ont collecté 700.000 euros auprès de 600 particuliers et business angels. Et l'engouement se poursuit. En 2021, Loom a réalisé 1,4 million d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de +60 % sur un an.

Engagée contre la fast fashion

Julia Faure (Loom), l'entrepreneure qui ne voulait pas créer de start-up

Aujourd'hui, Julia Faure n'a plus peur d'entreprendre. « Avant, j'étais angoissée par le fait de devoir sortir un salaire tous les mois et de faire face aux nombreuses responsabilités. Aujourd'hui, j'ai davantage confiance. C'est complètement différent de ma première confrontation à l'entrepreneuriat. » Et puis le salariat, elle a déjà donné.

Après son diplôme en agronomie, Julia Faure a travaillé pendant un temps chez Amazon à Madrid, et a fini par s'ennuyer. Elle s'est alors lancée dans des études de genre qui la passionnent, sans pour autant la convaincre d'en faire son métier. « Puis, je suis tombée sur une offre de poste en France, chez La Ruche qui dit oui. Tout dans l'annonce m'attirait. Je me suis donnée à fond et j'ai été recrutée. » Des désaccords la poussent vers la sortie.

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Julia Faure rebondit avec Loom. « C'était parfait : de l'intrapreneuriat dans le textile, un univers qui m'intéressait depuis longtemps pour les questions de supply chain, de paradoxes de genres - avec des ouvrières exploitées dans les pays en développement qui produisent des vêtements pour des femmes en Occident qui se sentent mal dans leur peau dedans -, et bien entendu pour la problématique environnementale et l'obsession de la croissance qui en a fait un marché du jetable. C'est simple, n'importe quel problème systémique peut s'illustrer en prenant l'exemple du textile. »

Motivée pour faire bouger les lignes, Julia Faure s'est lancé le défi de changer les lois pour que les industries polluantes et peu regardantes sur les droits humains ne puissent plus faire comme elles l'entendent. Avec d'autres acteurs du textile , elle a créé En Mode Climat, un collectif de lobbying en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. La cofondatrice de Loom y consacre près de deux jours par semaine, mais elle assure que la cause en vaut la peine. « C'est très dur, nous ne pesons pas lourd en comparaison avec certains gros du secteur et nous sentons bien qu'il va falloir mettre beaucoup d'énergie sans être sûrs que cela fonctionne. Mais nous le faisons pour l'intérêt général. »